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La Second Vive de Dann Phimphrachanh : un horloger portugais indépendant et la construction manuelle de sa montre

il y a 12 heures
10 min de lecture

Phimphrachanh (prononcer fimfracham) est le nom de famille de Dann, un horloger portugais qui a hérité de ce nom d'origine laotienne par son grand-père, natif du Laos. L'Instituto Português de Relojoaria (IPR) était à Genève, à l'exposition Masters of Horology, où il a eu l'occasion de s'entretenir avec Dann et de découvrir de près sa première montre — une création qui marque les débuts prometteurs de ce jeune talent dans l'univers de l'horlogerie indépendante.


L'entretien a été réalisé sur l'exposition même (avec un peu de bruit de fond).




Dann Phimphrachanh a commencé son parcours d'horloger dans la formation de Technicien en horlogerie du Centro de Educação e Desenvolvimento Pina Manique, de la Casa Pia de Lisboa. Après ses études à la Casa Pia, il est parti pour la Suisse, où il a approfondi ses connaissances au WOSTEP, en suivant le cours Tour 70 en 2011. L'année suivante, il a entamé une formation de trois ans au CIFOM La Chaux-de-Fonds, en technique de construction horlogère et en micromécanique (2012–2015), ce qui lui a permis de consolider ses compétences au plus haut niveau. Depuis lors, il a bâti une solide carrière dans quelques-unes des manufactures horlogères les plus prestigieuses du monde. Il a travaillé chez Parmigiani Fleurier comme horloger de service (Horloger SC), est passé par Greubel Forsey, où il s'est consacré aux complications, et a rejoint l'équipe de Daniel Roth précisément au moment où la marque a été rachetée par Bvlgari. Vint ensuite le département des complications de Bvlgari à Neuchâtel, où il a réalisé des réparations spécialisées, puis, enfin, il a travaillé chez Jaeger-LeCoultre, au Sentier, au service après-vente (SAV).


Durant cette période professionnelle, il a concilié l'activité horlogère avec un parcours académique exigeant : il étudiait trois heures chaque soir pour achever une formation supérieure dans le domaine de la construction micromécanique, avec une spécialisation en horlogerie. En 2018, confiant dans son parcours et dans l'avenir qu'il ambitionnait, Dann a décidé de devenir indépendant. Il a contracté un emprunt pour acquérir un tour de précision, le tour de haute précision Ed. Jaccard & S.A. – La Chaux-de-Fonds et une pointeuse Hauser 2A3 qui se déplace manuellement avec une précision de 1/1000 de millimètre, une machine essentielle pour marquer avec exactitude le point où sera réalisé un perçage.


  • Tour de 70 mm Ed. Jaccard & S.A., fabriqué à La Chaux-de-Fonds, en Suisse
  • pointeuse Hauser 2A3

C'est ainsi qu'est né son atelier à Yverdon-les-Bains, dans le canton de Vaud, en Suisse romande. Depuis, l'espace s'est enrichi en équipements et en outils, tandis que Dann approfondissait sa maîtrise technique. Pour financer la construction de sa première montre, il a travaillé en parallèle à la restauration de pièces pour des marques et des collectionneurs privés.


En avril 2025, il a enfin présenté sa première création d'auteur à l'exposition Masters of Horology, à Genève.

Le premier Portugais à l'Académie Horlogère des Créateurs Indépendants (AHCI)


On sait que le Portugal compte d'excellents horlogers réparateurs, et l'on sait que, dans les fabriques horlogères suisses, une part importante du personnel est portugaise. Dans le monde de l'horlogerie indépendante, cependant, aucun Portugais n'était apparu jusqu'ici. Dann Phimphrachanh est donc le premier horloger indépendant portugais. Il existe en Suisse une entité chargée de promouvoir et de soutenir ces horlogers, l'Académie Horlogère des Créateurs Indépendants (AHCI). Fondée en 1985 par Svend Andersen et Vincent Calabrese, elle a pour mission de préserver et de promouvoir l'art de l'horlogerie indépendante. C'est une association qui réunit quelques-uns des maîtres horlogers les plus talentueux et les plus visionnaires du monde. L'AHCI est née de la nécessité de donner une voix et une visibilité aux créateurs indépendants — des artisans qui, en dehors des grands groupes industriels, continuent de pratiquer une horlogerie d'auteur, souvent solitaire, mais profondément innovante. La mission de l'AHCI est simple et noble : préserver, promouvoir et soutenir l'horlogerie artisanale et créative, afin d'offrir une plateforme internationale où les maîtres indépendants peuvent exposer leur travail, partager leurs connaissances et inspirer de nouvelles générations. Bon nombre des noms les plus respectés de l'horlogerie contemporaine — comme Philippe Dufour, Kari Voutilainen, Vianney Halter ou Felix Baumgartner (Urwerk) — sont passés par l'AHCI ou y restent liés, toujours prêts à faire de l'association un véritable phare de l'excellence mécanique. Dans un monde dominé par la production de masse, l'AHCI représente l'authenticité, la liberté créative et la tradition vivante, toujours avec le créateur au centre de l'art horloger.


L'Académie Horlogère des Créateurs Indépendants (AHCI) fixe des critères rigoureux pour l'admission de nouveaux membres, ce qui reflète son engagement en faveur de l'excellence et de l'indépendance en horlogerie.


Les principales exigences sont les suivantes :

  1. Compétence technique et créative : le candidat doit faire preuve d'aptitudes exceptionnelles en horlogerie, développer et produire ses propres créations de manière indépendante.

  2. Soutien de membres actuels : il est nécessaire d'obtenir le parrainage d'au moins deux membres actifs de l'AHCI, qui évaluent et reconnaissent le talent et l'originalité du candidat.

  3. Participation à des expositions : le candidat doit présenter ses pièces dans au moins trois expositions publiques, ce qui offre une plateforme pour montrer son travail au public et à la communauté horlogère.

  4. Période de candidature : la phase de candidature dure au minimum deux ans, pendant lesquels le candidat est évalué quant à sa compétence, sa créativité et son engagement envers les valeurs de l'AHCI.

  5. Approbation unanime : l'admission définitive requiert l'approbation unanime de l'assemblée générale de l'AHCI, avec la certitude que tous les membres existants sont d'accord avec l'intégration du nouveau membre.


Ces critères garantissent que seuls des horlogers véritablement indépendants et talentueux soient admis, afin de préserver la mission de l'AHCI : promouvoir l'innovation et l'art en horlogerie.


L'entrée de Dann Phimphrachanh à l'Académie Horlogère des Créateurs Indépendants est l'un des plus grands événements de sa vie professionnelle, car elle lui permet de présenter sa montre à un public très large à l'Ice Bergues, le lieu où se tient l'exposition Masters of Horology organisée par l'Académie Horlogère des Créateurs Indépendants. Ce sera la première des trois expositions où il doit présenter sa montre. Conformément aux règles, tous les candidats doivent avoir deux parrains ; ceux de Dann sont Raul Pages et Bernhard Lederer, deux excellents horlogers.


Raul Pages Bernhard Lederer


L'entrée dans cette association vaut aussi comme une immense reconnaissance et une légitimation de son travail par les plus grands horlogers du monde.


Masters of Horology


La Masters of Horology est une exposition annuelle organisée par l'Académie Horlogère des Créateurs Indépendants (AHCI), qui réunit et met en valeur le travail exceptionnel d'horlogers indépendants de renommée mondiale. La deuxième édition de l'exposition se tient en ce moment et offre aux passionnés de haute horlogerie une occasion unique d'échanger directement avec les maîtres artisans et d'apprécier leurs créations innovantes.


L'édition 2025 de la Masters of Horology s'est tenue du 31 mars au 5 avril et a coïncidé avec le 40e anniversaire de l'AHCI. L'événement compte la participation de 26 membres distingués de l'AHCI, ainsi que de nouveaux candidats qui ont présenté leurs magnifiques pièces. La Masters of Horology ne célèbre pas seulement la maîtrise artisanale, elle renforce aussi l'importance de l'innovation et de la créativité dans le monde de l'horlogerie indépendante.



Second Vive - La montre 1 de Dann Phimphrachanh


Le nom choisi est Second Vive. La seconde morte est une complication des montres mécaniques qui donne à l'aiguille un mouvement discontinu au lieu d'un mouvement continu. Cela permet de connaître les écarts exacts entre les secondes. Il existe plusieurs noms pour cette complication.


La construction de la Second Vive a débuté en 2018. Dann s'est efforcé de donner à la montre une part de construction manuelle aussi élevée que possible. Découvrons tout le processus de construction manuelle de sa montre.


L'image suivante montre la fabrication d'un chaton de rubis, une petite douille ou bague, dans laquelle est logé un rubis qui sert d'appui au pivot d'un axe.


Chatons de rubis
Chatons de rubis

Sur la photo suivante, on peut voir les chatons terminés, avec les rubis sertis, ajustés dans les ponts de la montre.


Chatons de rubis ajustés dans les ponts de la montre, avec les rubis sertis
Chatons de rubis ajustés dans les ponts de la montre, avec les rubis sertis

Sur l'image ci-dessous, on peut observer un pivot en cours de fabrication. Il s'agit d'une tige de dimensions extrêmement réduites, dont l'extrémité entre en contact avec un rubis. Ce pivot se trouve aux extrémités des axes qui traversent les roues dentées.


Les roues dentées sont montées entre la platine — une plaque métallique qui constitue la base de la construction de la montre — et les ponts, qui sont plusieurs plaques métalliques superposées à la platine. La platine comme les ponts comportent des trous dans lesquels sont insérés les rubis. Dans les montres de qualité supérieure, ces rubis sont sertis dans des Chatons, comme ceux de l'image ci-dessus, qui sont ensuite ajustés avec précision dans ces trous. Avec la bonne quantité d'huile, cette architecture de construction permet de réduire autant que possible les frottements, ce qui se traduit par une moindre usure des pivots, une meilleure utilisation de l'énergie et un fonctionnement général plus efficace de la montre elle-même.


fabrication d'un pivot
fabrication d'un pivot

Sur l'image suivante, on peut voir le pivot logé dans le rubis, serti dans un pont.



Comme nous l'avons vu, la platine est une plaque métallique à la base de la montre ; les images suivantes montrent la fabrication d'une platine sur un tour de précision Schaublin 70.



Une fois la forme de base de la platine créée, il faut la préparer à recevoir les autres pièces. Les images suivantes montrent le processus de perçage de la platine. Les trous reçoivent des rubis, des goupilles de fixation et des vis.



Les goupilles de fixation permettent de fixer les ponts de la montre sur la platine. En plus de ce type de fixation, les ponts sont également vissés. Ces goupilles ont été préalablement trempées, c'est-à-dire chauffées à haute température puis refroidies brusquement. Ce procédé permet de les durcir.



L'image suivante montre les ponts de la montre, déjà pourvus de quelques trous et sans finition. Les roues dentées se trouvent entre ces ponts et la platine.


À ce stade, Dann a envisagé de squeletter le mouvement — c'est-à-dire de retirer la matière intérieure des ponts pour n'en laisser que le contour, de manière à permettre l'observation des parties mobiles de la montre en fonctionnement.



Dans la vidéo suivante, on peut suivre le processus de perçage des ponts et de la platine. Avec la technique utilisée par Dann, les ponts et la platine sont percés simultanément, ce qui permet un alignement parfait entre eux.



Les finitions, c'est le nom donné au processus d'embellissement des différentes pièces, voire du boîtier d'une montre. L'une des techniques s'appelle Anglage, il s'agit d'une opération manuelle ou mécanique qui consiste à rompre l'angle que forme l'arête entre deux surfaces. Dans la plupart des cas, les opérations d'anglage sont réalisées entre la surface supérieure d'un composant et son flanc, dans un but essentiellement esthétique. Le chanfrein peut être plat ou arrondi convexe. D'un point de vue décoratif, le chanfrein poli reflète la lumière en différents prismes et met en valeur, par contraste, les surfaces.




La pièce présentée ci-après appartient au barillet de la montre. Le barillet est le composant qui abrite le ressort moteur — un ressort en spirale qui s'enroule lorsque l'on remonte la montre et se déroule de manière contrôlée et discontinue. C'est la source d'énergie d'une montre mécanique.



Voyons ensuite la fabrication d'une roue dentée. Le processus demande une grande habileté et quelques calculs pour décider du nombre de dents et de leur forme, parmi bien d'autres aspects. Ce travail est réalisé sur un tour d'horloger à partir d'une barre de laiton. À la fin, on procède à un bain galvanique. Le bain galvanique est un procédé électrochimique utilisé pour revêtir une pièce métallique d'une fine couche d'un autre métal. La pièce à revêtir est immergée dans une solution conductrice (électrolyte) contenant des sels du métal à déposer. Lorsqu'on applique un courant électrique, les ions métalliques de la solution adhèrent à la surface de la pièce et forment un revêtement uniforme. Ce procédé est utilisé pour protéger contre la corrosion, améliorer l'aspect ou conférer des propriétés spécifiques, comme la dureté ou la conductivité.



L'image suivante montre un balancier encore en cours de construction. C'est la roue qui recevra le spiral et qui, avec d'autres pièces, permet de régler la marche de la montre. Sur l'image de gauche, on peut voir une pièce en or qui, en raison de sa densité, est utilisée comme masselotte pour équilibrer le balancier. Le réglage se fait par la rotation de cette pièce, qui est l'une des quatre. En tournant ces masselottes, on peut garantir le mouvement homogène du balancier.




La pièce présentée ci-après est une ancre, l'un des éléments de l'échappement de la montre. L'échappement a pour fonction de transformer l'énergie continue libérée par le ressort moteur en impulsions périodiques, en régulant la marche de la montre. L'ancre, visible sur la quatrième image, en bas à droite, est chargée de bloquer et de libérer alternativement la roue d'échappement, ce qui permet une libération contrôlée de l'énergie. Cette conversion du mouvement continu en impulsions régulières rend possible le comptage précis du temps.




La vidéo qui suit montre le processus initial de fabrication du cadran. On peut y observer le traçage, la découpe de la plaque métallique au tour, la trempe et l'émaillage.



Ce n'est toutefois pas la voie que Dann a suivie : il a opté pour un cadran guilloché, bleui à la chaleur, ce qui permet d'en conserver l'aspect pendant plusieurs décennies au moins.




Les images qui suivent montrent le processus de fabrication de l'échelle des secondes



Le boîtier de la montre est la partie qui entre le plus en contact avec l'utilisateur et doit être réalisé avec beaucoup de soin technique et esthétique.


Le cadran de la Seconde Vive présente un niveau technique très élevé — toutes ses parties ont été soigneusement pensées et méticuleusement exécutées. Dann a choisi d'inscrire son nom de famille complet sur le cadran, au lieu de recourir à une abréviation ou à un nom plus facile à prononcer, ce qui, à première vue, peut sembler un choix risqué. Il convient toutefois de rappeler que nous avons tous appris à prononcer Arnold Schwarzenegger. Un nom aussi singulier peut exiger une courbe d'apprentissage plus longue, mais ce qui compte vraiment, c'est qu'il est unique dans l'univers de l'horlogerie.


Bien que Dann Phimphrachanh estime n'avoir créé aucune nouvelle complication, la vérité est qu'il est tout à fait possible de considérer qu'il en a créé une. Sa manière d'afficher la seconde morte peut ne pas être considérée comme la complication seconde morte, car l'énergie n'est pas prélevée de la même façon. Pour l'affichage de ses secondes, Dann a construit un nouveau système d'échappement, qui fait appel à un triangle de Reuleaux en rubis. Le mouvement est prélevé directement sur la roue des secondes, comme dans les chronographes.



Le résultat final est un véritable hommage au temps — une montre conçue pour se révéler de la manière la plus sublime possible. L'utilisateur peut observer tout le processus de remontage et de mise à l'heure, et apprécier les finitions absolument parfaites. Par-dessus tout, il aura au poignet une pièce qui résulte presque exclusivement du travail manuel d'un horloger passionné par le temps.

Sa devise est vivre le temps avec passion — le temps vécu avec passion.

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