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Musical, Benac a Besançon, or, 1810 – Les montres de poche musicales : l'harmonie du temps

il y a 2 heures
6 min de lecture

Série : GRANDES COMPLICATIONS


Sílvio Pereira





Les montres de poche musicales : l'harmonie du temps


Parmi les nombreuses expressions de la virtuosité horlogère, les montres de poche musicales occupent une place singulière par la façon dont elles concilient la mesure du temps et l'art de produire de la musique. Ce sont des exemples paradigmatiques de micro-ingénierie, où la fonction pratique s'allie à une finalité esthétique et émotionnelle. Ces pièces ne se contentent pas d'indiquer l'heure : elles enchantent, surprennent et subliment l'expérience de leur propriétaire, transformant le simple fait de consulter l'heure en une célébration de la beauté mécanique.


Origines et évolution historique


Boîte à musique mécanique
Boîte à musique mécanique

Les premières montres de poche musicales sont apparues au XVIIIe siècle, une époque d'épanouissement technique et artistique de l'horlogerie européenne. Leur développement trouve ses racines dans les boîtes à musique mécaniques suisses, produites à partir de 1790 environ dans des villes comme Genève et Sainte-Croix.


Le principe était relativement simple : un cylindre métallique muni de goupilles ou de saillies tournait en pinçant des lames accordées (peignes métalliques), ce qui produisait des sons mélodieux. L'innovation a consisté à miniaturiser ce système et à l'intégrer dans des montres de poche. Cette prouesse a marqué une avancée remarquable : transformer un objet portable, consacré à la chronométrie, en un instrument capable de jouer de la musique en tout lieu.


À l'origine, ces montres étaient des objets de prestige aristocratique, surtout à la cour de France, à celle d'Angleterre et parmi les élites de la Russie tsariste. Elles étaient souvent enrichies d'émaux polychromes, de gravures sur or, de miniatures peintes, voire de pierres précieuses serties. Plus que des instruments de mesure du temps, elles étaient des symboles de statut et de raffinement culturel.


Au cours du XIXe siècle, on assista à une évolution significative :


  • Amélioration de la précision sonore, grâce à des peignes métalliques plus robustes et mieux accordés.

  • Introduction des disques perforés, qui remplacèrent en partie les cylindres et permirent une plus grande diversité musicale ainsi qu'une meilleure qualité de reproduction.

  • Ajout de complications supplémentaires, comme les répétitions minutes, les automates animés ou les calendriers, qui rendirent ces pièces plus extraordinaires encore.


La révolution industrielle permit une production moins restreinte, rendant les montres musicales plus accessibles à une bourgeoisie émergente. Leur popularité déclina toutefois au début du XXe siècle avec le passage à la montre-bracelet, plus pratique et mieux adaptée à la vie quotidienne moderne.

Dès lors, les montres de poche musicales furent surtout appréciées comme pièces de collection.

Mécanisme et fonctionnement


La singularité des montres musicales réside dans leur mécanisme additionnel, indépendant du mouvement principal ou couplé à celui-ci. Ce module musical, actionné par son propre ressort, fonctionne comme une véritable boîte à musique miniature.


Principaux types

Cylindre rotatif
Cylindre rotatif

  1. Cylindre rotatif

    • Le plus traditionnel et le plus important historiquement.

    • Un cylindre muni de goupilles métalliques, fixées à des positions précises, parcourt un peigne musical composé de lames d'acier trempé. Chaque goupille correspond à une note, et leur succession produit la mélodie.

    • Avantage : plus grande fidélité et durabilité.

    • Limite : répertoire fixe, généralement de 1 à 4 mélodies.



Disque perforé
Disque perforé
  1. Disque perforé

    • Introduit au XIXe siècle.

    • Au lieu de goupilles sur un cylindre, on utilise un disque métallique perforé. En tournant, ses perforations actionnent des leviers qui pincent les lames.

    • Avantage : possibilité de changer de disque, ce qui élargit le répertoire.

    • Limite : moindre raffinement esthétique que le cylindre.


Principaux composants

Peignes sonores
Peignes sonores

  • Cylindre ou disque perforé – chargé de « coder » la mélodie.

  • Peignes sonores – lames de métal accordées, généralement en acier trempé, ajustées sur différentes notes de musique.

  • Échappement musical – règle la cadence du mécanisme et garantit que la musique soit jouée à un tempo régulier, en évitant les accélérations indésirables.

  • Barillet indépendant – permet de remonter uniquement le module musical, sans affecter le mouvement qui mesure le temps.

  • Système de déclenchement – généralement un poussoir ou un levier latéral ; sur les modèles les plus sophistiqués, il permettait de choisir entre plusieurs mélodies.


La durée d'exécution variait entre 10 et 30 secondes, ce qui correspondait à de courts airs ou à des extraits de chansons populaires. Certains modèles d'exception comportaient des séquences multiples, fonctionnant presque comme un « catalogue portatif » de musique.


Maîtres et fabricants de référence


Plusieurs maisons horlogères et maîtres artisans ont contribué au développement de ce domaine. Parmi les plus importants, citons :


  • Breguet (Abraham-Louis Breguet) – Il créa des pièces d'une complexité extraordinaire, destinées aux monarques et dignitaires européens. Certains modèles associaient des complications de répétition minutes à des mécanismes musicaux, élevant ces pièces au rang de chefs-d'œuvre absolus.


Breguet 160 Marie Antoinette
Breguet 160 Marie Antoinette


  • Patek Philippe – Fidèle à sa tradition de grandes complications, la maison a produit des montres de poche musicales en séries limitées, dont beaucoup étaient liées à des commandes privées. L'association de la répétition et de la musique en a fait des icônes de rareté.


Calibre 89 de Patek
Calibre 89 de Patek

  • Jaquet Droz – Visionnaire dans le domaine des automates, il intégra animations mécaniques et musique dans des montres de poche et des pendules de table. Ses créations furent particulièrement prisées par l'aristocratie chinoise et exportées vers la cour impériale.


Automates musicaux Reuge
Automates musicaux Reuge

  • Reuge – Fondée au XIXe siècle à Sainte-Croix, la maison est devenue synonyme de la tradition musicale suisse. Bien que davantage tournée vers les boîtes à musique, elle a aussi produit des montres musicales et demeure aujourd'hui une référence mondiale dans cet art.



Valeur pour les collectionneurs


L'intérêt actuel pour les montres musicales repose sur trois dimensions principales :


  1. Valeur historique – témoins d'une période de splendeur de l'horlogerie européenne.

  2. Valeur technique – l'extraordinaire miniaturisation de mécanismes musicaux dans des boîtes portables.

  3. Valeur esthétique et artistique – la richesse des décors, émaux, gravures et pierres précieuses.


Le prix de ces objets varie énormément : les pièces anonymes ou produites en série peuvent atteindre des montants relativement abordables, tandis que les exemplaires rares, surtout signés Breguet ou Patek Philippe, peuvent atteindre des prix très élevés lors de ventes aux enchères internationales.


Au-delà de leur importance sur le marché, elles possèdent aussi une valeur culturelle inestimable, car elles représentent la rencontre de la science, de l'artisanat et de la musique.


De nos jours


Les montres de poche musicales constituent un chapitre singulier de l'histoire de l'horlogerie. Elles témoignent d'une époque où la mesure du temps était, au-delà d'une fonction, un spectacle et une émotion. Leur double nature – rigueur chronométrique et délicatesse musicale – en fait des objets intemporels, symboles de l'ingéniosité humaine et du raffinement culturel.


Aujourd'hui, même face à la révolution numérique, elles demeurent des pièces fascinantes pour les collectionneurs et les historiens, et évoquent le souvenir d'un temps où l'horlogerie était aussi la scène de la plus pure poésie mécanique.


Montre à l'étude



Fiche technique


- Montre de poche de type Lépine, musicale

- Fonctions : Heures, minutes et répétition avec musique

- Numéro de série : 2190

- Manufacture : Benac a Besançon

- Date approximative de fabrication : 1810

- Complication : Répétition des heures et des quarts avec musique

- Pays : France

- Calibre : Architecture à ponts rayonnants avec mécanisme musical indépendant

- Protection du mouvement : Cache-poussière en laiton

- Type d'échappement : À cylindre

- Balancier : Nickel avec spiral plat

- Alimentation : Barillet contrôlé

- Réserve de marche : 36 heures

- Fréquence : 18 000 A/h

- Rubis : Aucun

- Matériau du boîtier : Or 18 carats

- Cadran : Laiton décoré de guillochage, avec quelques taches dues à l'âge

- Petite seconde : Aucune.

- Diamètre du boîtier : 54,00 mm

- Épaisseur : 18,4 mm

- Poids : 109,6 g

- Ressort de barillet : Remontage à clé par un orifice du cache-poussière

- Mécanisme musical : Actionné par deux leviers placés à 10 heures pour la répétition des heures et à 2 heures pour la musique à la demande

- Système musical : Disque perforé inséré dans un tambour

- Aiguilles : Style Breguet

- Chiffres : Romains pour les heures. Index pour les minutes.

- Fonction de répétition : Actionnée par un levier coulissant vers le bas, placé sur le boîtier à 10 heures

- Verre : En parfait état.

- Numéro du boîtier : 2190

- Appréciation générale : Montre très rare dotée de deux des complications les plus difficiles à réaliser, surtout à l'époque de sa fabrication, dans un excellent état de conservation.

- Valeur actuelle sur le marché : 6 000,00 - 7 000,00 €



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