top of page

Horloges comtoises : Morez et Morbier

il y a 2 heures
13 min de lecture

Carlos Manuel Ramos dos Santos - Maire de Sernancelhe, remontant la comtoise de la municipalité ©IPR
Carlos Manuel Ramos dos Santos - Maire de Sernancelhe, remontant la comtoise de la municipalité ©IPR

LE NOM : MOREZ, COMTOISE, MORBIER


Connues au Portugal sous le nom d’horloges Morez et en France sous celui de comtoises, ce sont des horloges provinciales à poids, fabriquées à l’origine dans les environs de Morbier, en Franche-Comté (graphie ancienne : Contée), près de la frontière suisse, de la fin du XVIIe siècle au début du XXe siècle. On les appelle comtoises parce qu’elles sont originaires de la région française de Franche-Comté (graphie ancienne : Franche Contée), dont le nom signifie littéralement « comté libre » — un territoire qui a joui pendant des siècles d’un statut fiscal et administratif autonome.

L’adjectif comtois (ou comtoise au féminin) signifie précisément « de la Comté », c’est-à-dire « originaire de Franche-Comté ». Ainsi, horloge comtoise signifie littéralement « horloge de la Comté ».

HISTOIRE

Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe ©IPR
Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe ©IPR

Les origines au XVIIe siècle


La genèse de ces horloges remonte aux environs de 1680, lorsque les paysans de la région commencèrent à fabriquer des horloges pendant les mois d’hiver. Ces artisans utilisaient des ressources abondantes dans la région, comme le bois pour les structures et l’eau pour actionner les outils, alliant les savoir-faire de la serrurerie, de la fonderie et de la menuiserie à une remarquable ingéniosité pour la construction de mécanismes de précision.


La production était d’abord domestique, chaque famille se spécialisant dans une partie de l’horloge — roues dentées, caisses, cadrans ou balanciers —, ce qui donna naissance à un système de production proto-industriel, décentralisé mais efficace.


La consolidation au XVIIIe siècle


Au XVIIIe siècle, la production d’horloges comtoises s’étendit à toute la France. Le nom « comtoise » renvoie précisément à la Franche-Comté, où ces horloges furent produites en grand nombre. Les premiers ateliers organisés apparurent à Morbier et à Morez, des maîtres horlogers y coordonnant le travail de dizaines d’artisans.


Les horloges de cette époque avaient une simple caisse en bois et des cadrans en émail blanc. Le mouvement sonnait les heures sur un timbre et, souvent, les répétait deux minutes plus tard.


L’essor au XIXe siècle


Au XIXe siècle, surtout après l’arrivée du chemin de fer à Morez en 1855, la production atteignit un nouveau palier. La facilité de transport permit d’expédier des milliers d’horloges dans toute l’Europe, en Afrique du Nord et même sur le continent américain.


À ce stade, les caisses devinrent plus ornées, avec des frises, des panneaux peints et des motifs champêtres en relief doré. Apparurent aussi des variantes à automates ou à répétition minutes.


Entre 1850 et 1915, on estime que plus de 300 000 horloges comtoises furent produites, sur plusieurs générations, avec des niveaux de finition et de complexité technique variés.


Déclin et patrimoine


Avec l’avènement de l’horlogerie industrielle et de l’électricité, la demande d’horloges à balancier chuta fortement. Les derniers ateliers fermèrent leurs portes dans les premières décennies du XXe siècle. La valeur historique et décorative des comtoises a néanmoins perduré : elles font aujourd’hui l’objet de restaurations, d’études et de collections dans les musées et chez les particuliers. L’horloge comtoise est un symbole d’identité régionale, d’ingéniosité populaire et une mémoire vivante de l’horlogerie européenne traditionnelle.

Les versions des horloges comtoises


Au fil de plus de deux siècles de production continue, les horloges comtoises ont évolué tant sur le plan technique qu’esthétique. Cette évolution permet de les classer en plusieurs générations ou styles, selon la chronologie, la décoration et les éléments mécaniques. Voici les principales versions :


Première génération (v. 1680–1750) – Rustique et artisanale


  • Caisse : généralement en bois simple, sans grande ornementation.

  • Cadran : en émail blanc ou en métal, avec chiffres romains et aiguilles en fer forgé.

  • Mouvement : construction robuste, avec des roues de grand diamètre ; sonnerie simple sur timbre.

  • Caractéristiques : modèles lourds, avec cordes et contrepoids longs ; échappement à roue de rencontre et oscillateur à foliot.

  • Rareté : aujourd’hui très rares et très recherchées par les collectionneurs.


Deuxième génération (v. 1750–1820) – Baroque et décorative


  • Caisse : des éléments décoratifs commencent à apparaître sur les colonnes latérales et les panneaux supérieurs.

  • Cadran : plus élaboré, souvent orné de scènes peintes à la main ou de décors floraux.

  • Balancier : apparition de balanciers plus longs et plus décoratifs.

  • Mouvement : amélioration des systèmes de sonnerie et de la fiabilité du mouvement.

  • Diffusion : présence accrue dans les maisons bourgeoises et les demeures rurales aisées.


Troisième génération (v. 1820–1850) – Transition industrielle


  • Caisse : fabrication plus standardisée, mais encore avec de nombreux éléments artisanaux.

  • Décoration : apparition des frontons en laiton ; thèmes religieux ou militaires.

  • Mouvement : systèmes plus durables, avec des améliorations des tambours et du système de répétition des heures.

  • Balancier : désormais en forme de lyre ou orné de symboles en relief. Apparaissent les premiers balanciers à lentilles estampées industriellement, mais encore finies à la main.


Quatrième génération (v. 1850–1915) – Production de masse et exubérance


  • Caisse : souvent absente, l’horloge étant vendue avec le mouvement et le cadran prêts à être intégrés dans un meuble local.

  • Cadran : très élaboré, avec fleurs, paysages, scènes pastorales ou drapeaux (surtout après 1870, dans l’esprit nationaliste de l’après-guerre franco-prussienne).

  • Balancier : pièces spectaculaires, avec de grandes lentilles (jusqu’à 35 cm), dorées ou gravées.

  • Variantes :

    • À automates (figures mobiles au-dessus du cadran) ;

    • À calendrier perpétuel ;

    • À répétition sonore toutes les 2 minutes ;

    • À double sonnerie (deux timbres ou gongs).

  • Distribution : exportées dans le monde entier, notamment au Portugal et en Espagne.


Après 1915 – Déclin et fin de la production


  • L’horlogerie comtoise disparaît pratiquement avec la Première Guerre mondiale.

  • Quelques ateliers résistent jusqu’au milieu des années 1920, ne fabriquant plus que des pièces détachées ou des modèles simplifiés.

  • Le goût de l’époque se tourne vers les pendules de table, les carillons à colonne, puis les horloges électriques et à quartz.


Les variantes sur le marché actuel


Aujourd’hui, les versions les plus courantes sur le marché des antiquités sont celles de la quatrième génération, surtout les modèles à balancier lyre, frises dorées et décor en laiton repoussé. Les exemplaires plus anciens, en particulier des première et deuxième générations, sont difficiles à trouver et nécessitent une restauration spécialisée.

Au Portugal, on trouve fréquemment des modèles sans leur caisse d’origine, insérés dans des meubles adaptés ou suspendus à des structures dédiées — une pratique courante au XIXe siècle.



Design et esthétique des horloges comtoises


Au-delà de leur fonction pratique, les horloges comtoises, également appelées comtoises ou Morbier, ont toujours été conçues comme des objets décoratifs de grande présence. Leur prestance, leur variété ornementale et leur richesse symbolique en ont fait des pièces maîtresses de nombreuses maisons bourgeoises et rurales du XVIIIe au début du XXe siècle. Cette section explore les éléments visuels qui définissent leur design.


Cadran


Le cadran est, dans bien des cas, l’élément le plus marquant de l’horloge :

  • Émail blanc : avec chiffres romains noirs et minuterie extérieure en chiffres arabes, généralement avec des aiguilles bleuies en acier forgé ou découpé.

  • Décors peints à la main : à partir du XIXe siècle apparaissent paysages, scènes champêtres, motifs religieux, drapeaux nationaux ou allégories agricoles.

  • Forme : rond, inséré dans un panneau rectangulaire ou en forme d’écusson, souvent entouré d’encadrements en laiton gravé.

  • Signature : de nombreux cadrans portent le nom de l’horloger et du lieu de fabrication (ex. « Moitessier à Morez »).


Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe ©IPR
Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe ©IPR

Le fronton


Placé au-dessus du cadran, le fronton est une plaque de laiton à relief artistique, typique des modèles de 3e et 4e générations :

  • Motifs fréquents :

    • Champêtres : moissonneuses, bergers, épis, animaux.

    • Religieux : croix, sacrés-cœurs, images de saints.

    • Patriotiques : drapeaux, coqs gaulois, soldats.

  • Style : du néoclassique au baroque populaire, selon l’époque.

  • Technique : le laiton est travaillé en bas-relief au marteau et aux poinçons, selon un procédé proche de la ciselure.


Balancier


Le balancier est un élément fonctionnel, mais aussi décoratif :

  • Forme :

    • Simple (premières générations) : une tige métallique avec une lentille ronde et lisse.

    • Lyre (âge d’or) : structure en forme de lyre, aux tiges entrelacées et aux détails ajourés.

  • Lentille : peut mesurer de 25 à 35 cm de diamètre, en laiton poli ou gravé de symboles (fleurs, étoiles, croix).

  • Décoration : associe souvent laiton et acier, créant contraste visuel et éclat.


Caisse


Dans les modèles à caisse (surtout des 1re, 2e et 3e générations), l’enveloppe en bois contribue à la présence esthétique :

  • Bois : pin, chêne ou noyer, parfois avec marqueterie.

  • Hauteur : généralement entre 1,8 m et 2,3 m.

  • Formes : des caisses droites et austères aux modèles à base galbée, moulures saillantes et frises sculptées.

  • Adaptations : de nombreux modèles du XIXe siècle ont été installés dans des meubles portugais ou espagnols, prenant un caractère hybride.


Éléments décoratifs complémentaires


  • Automates : figures mobiles, comme des coqs qui chantent, des anges ou des cloches miniatures.

  • Couleurs : prédominance du doré (laiton) et du blanc (émail), avec des touches de bleu, de vert, de rouge et de noir.

  • Symboles : l’horloge reflétait aussi des valeurs morales, religieuses ou nationales.


L’ensemble visuel


Une horloge comtoise bien conservée impressionne par l’équilibre entre ingénierie et art populaire : le balancier lyre dessine une élégante ligne verticale, le cadran émaillé apporte contraste et luminosité, et le fronton ajoute caractère et récit visuel. C’était, et c’est encore, une pièce maîtresse de la maison, presque toujours placée à une place d’honneur.


Fonctionnement mécanique des horloges comtoises


Au-delà de leur richesse esthétique, les horloges comtoises se distinguent par la robustesse et l’ingéniosité technique de leur mécanisme. Conçues pour durer des siècles avec un entretien minimal, elles allient simplicité de construction et fiabilité. Cette section décrit les principaux éléments de leur fonctionnement.


Architecture générale


Le mouvement des horloges comtoises se compose généralement de deux parties principales, qui fonctionnent indépendamment :

  • Rouage de mouvement (à gauche) : chargé de mesurer et d’indiquer le temps.

  • Rouage de sonnerie (à droite) : actionne le timbre aux heures (et parfois aussi aux demi-heures ou avec répétition).

Les deux rouages sont entraînés par des poids suspendus à des cordes ou à des chaînes, dont la pesanteur fournit l’énergie nécessaire.


Échappement et oscillateur


  • Échappement à ancre : les modèles comtois les plus anciens utilisent des échappements à verge ou à fuseau, mais la plupart des exemplaires du XIXe siècle emploient un échappement à ancre associé à un balancier.

  • Balancier :

    • Longueur généralement comprise entre 1 m et 1,3 m, selon le modèle.

    • Oscillation lente et régulière, avec une période de 1 à 1,25 seconde par cycle complet.

    • Grande lentille métallique, souvent décorative.



Système de sonnerie


  • Timbre en fer ou en bronze, monté au-dessus du mouvement, sonnant chaque heure.

  • Marteau actionné par une came et des leviers, commandé par une roue de compte.

  • De nombreux modèles comportent :

    • Répétition de l’heure : deux minutes après l’heure juste, l’horloge répète le nombre de coups, ce qui est utile pour l’entendre dans l’obscurité.

    • Sonnerie des demi-heures : un ou deux coups, selon la version.


Cordes et poids


  • Deux poids distincts :

    • L’un entraîne le rouage de mouvement (l’horloge proprement dite).

    • L’autre entraîne le système de sonnerie.

  • Cordes ou chaînes en acier enroulées sur des tambours.

  • Les poids doivent être remontés à la main tous les 7 à 8 jours, ce qui donne à l’horloge une autonomie d’une semaine.


Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR
Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR

Réglage


  • Le réglage de la marche se fait :

    • En modifiant la longueur du balancier (on déplace la lentille vers le haut ou vers le bas).

    • En ajustant l’échappement, sur les modèles les plus anciens.

  • Bien réglées, les horloges comtoises peuvent tenir une précision de quelques minutes par semaine — remarquable pour des instruments du XIXe siècle.


Particularités techniques


  • Disposition inversée des rouages (mouvement à gauche et sonnerie à droite), contrairement à la plupart des horloges européennes de l’époque.

  • Mécanisme modulaire : les mouvements étaient conçus pour être montés et démontés facilement, ce qui permettait des réparations rapides.

  • Absence de lubrification excessive : conçus pour fonctionner avec peu d’entretien, les matériaux utilisés toléraient bien le frottement.


Simplicité et durabilité


La philosophie technique des horlogers du Jura était claire : faire des horloges « bonnes, simples et durables ». D’où l’emploi de roues de grand diamètre, de faibles niveaux de frottement et de mécanismes dimensionnés avec des jeux généreux, ce qui permettait un fonctionnement fiable même avec l’usure.



RESTAURATION ET CONSERVATION DES HORLOGES COMTOISES À L’IPR


Avec plus de deux siècles d’histoire, les horloges comtoises qui nous sont parvenues exigent des soins spécifiques pour garantir leur longévité et leur authenticité. De nombreux exemplaires fonctionnent bien grâce à la robustesse de leur mécanisme, mais d’autres nécessitent des interventions réfléchies, tant sur le plan technique qu’esthétique. Cette section aborde les principaux aspects de la restauration et de la conservation de ces instruments historiques, que nous suivons rigoureusement à l’IPR.


Diagnostic initial


Avant toute intervention, une évaluation rigoureuse de l’état général de l’horloge est indispensable :

  • Vérifier si le mouvement fonctionne et si tous les rouages (mouvement et sonnerie) sont opérationnels.

  • Inspecter le balancier, les poids, les cordes/chaînes et les roues dentées.

  • Évaluer l’état du cadran, des décors en laiton et des ponts.

  • Confirmer la présence d’une signature (le cas échéant), de datations ou de marques d’origine.


Restauration mécanique


La restauration du mouvement doit respecter son fonctionnement d’origine :

  • Démontage complet, nettoyage et lubrification avec des huiles adaptées à la moyenne horlogerie.

  • Remplacement des cordes ou chaînes endommagées.

  • Réparation ou refabrication de roues, de pivots ou de bouchons.

  • Réglage de l’échappement et du balancier.

  • Vérification et mise au point du système de sonnerie (marteau, came, roue de compte).

  • Éviter les modernisations (comme les mouvements électriques) qui dénatureraient la pièce.


Restauration esthétique


L’aspect visuel de l’horloge exige une sensibilité historique :

  • Laiton repoussé : peut être nettoyé avec soin pour éliminer l’oxydation, sans polissage agressif qui retirerait la patine d’origine.

  • Cadran émaillé : fissures et manques doivent être évalués par des spécialistes ; les interventions doivent rester minimales.

  • Balancier et lentille : nettoyage avec des produits doux, sans abrasifs ; refabrication uniquement si c’est absolument nécessaire.

  • Frises et médaillons : la restauration des encadrements endommagés doit respecter la technique d’origine du repoussé.

  • Caisse (le cas échéant) : bois nettoyé et traité à la cire ou aux huiles naturelles ; jamais peint ni verni avec des matériaux modernes.


Erreurs à éviter


  • Remplacer des pièces par des composants non d’origine sans justification.

  • Peintures ou dorures modernes sur des éléments anciens.

  • Utilisation de lubrifiants industriels ou excès d’huile.

  • Dénaturation esthétique (comme l’ajout de cadrans modernes ou le retrait des frises en laiton).


Authenticité ou fonctionnalité


L’équilibre entre préservation de l’authenticité et remise en fonctionnement doit être pesé au cas par cas. Parfois, une horloge comtoise conserve une valeur patrimoniale supérieure, même avec des signes d’usure, à celle qu’elle aurait après une restauration excessive.


Entretien préventif


Pour garantir le bon état de l’horloge dans le temps :

  • Nettoyer régulièrement l’extérieur avec un chiffon sec et doux.

  • Éviter l’exposition directe au soleil, l’humidité ou les variations extrêmes de température.

  • Remonter les poids avec précaution, en évitant les à-coups, mais sans laisser trop de mou, afin que le fil ne s’enroule pas sur l’axe, en dehors du tambour.

  • Faire réviser le mécanisme tous les 5 à 10 ans par un horloger qualifié.


Diffusion et présence au Portugal


Bien que les horloges comtoises soient une création française, leur présence au Portugal fut importante à partir du XIXe siècle, surtout dans les zones urbaines et dans le milieu rural aisé. Leur importation fut favorisée par la liaison ferroviaire entre la France et la péninsule Ibérique et par la facilité de transport et d’installation des mécanismes.


Principales voies d’entrée :


  • Importateurs et commerçants de Lisbonne et de Porto, qui vendaient les horloges avec ou sans caisse.

  • Par l’Espagne : via Ourense et Salamanque, de nombreux mécanismes sont arrivés par voie terrestre dans le Trás-os-Montes et les Beiras.

  • Missionnaires et congrégations religieuses, qui apportèrent des modèles décoratifs dans les presbytères, les collèges et les couvents.


Lieux d’installation typiques :


  • Manoirs ruraux et maisons seigneuriales : comme symbole de statut et de modernité.

  • Sacristies et réfectoires de couvents : pour la fiabilité de leur sonnerie.

  • Pharmacies, boutiques et cafés : comme pièce phare dans des intérieurs bourgeois.

Dans certains cas, le mécanisme français a été intégré à un meuble portugais, adapté à l’esthétique locale. Il existe des exemplaires dont la caisse a été réalisée par des ébénistes portugais, ne conservant que le mécanisme et le cadran d’origine.


Marché et estimation


Les horloges comtoises restent recherchées par les collectionneurs, les décorateurs et les passionnés d’horlogerie. Leur valeur dépend de plusieurs facteurs :


Facteurs qui influencent la valeur :

  • Génération : les modèles des premières générations (XVIIe–XVIIIe siècles) sont rarissimes et très recherchés.

  • État de conservation : pièces complètes et en état de marche, avec cadran, fronton, balancier et poids d’origine.

  • Décoration : les frontons aux thèmes inhabituels (soldats, saints, automates) sont plus appréciés.

  • Provenance : horloges accompagnées de documents ou d’un historique de provenance bien établi.


Prix moyens (au Portugal) :

  • Modèles courants du XIXe siècle : de 500 € à 1 200 €

  • Exemplaires avec caisse complète restaurée : de 1 500 € à 3 000 €

  • Premières générations ou pièces à automates : plus de 5 000 €

  • Pièces de musée : valeur indéterminée, selon la rareté.


Curiosités et symbolique

  • Le fronton en laiton était parfois personnalisé : des paysans y faisaient graver des éléments symboliques de leur métier, faucilles, épis, houes, ou des croix.

  • De nombreuses horloges comtoises répétaient l’heure deux minutes après l’heure juste pour faciliter sa lecture dans l’obscurité ou dans les lieux bruyants.

  • Au XIXe siècle, on disait couramment qu’« une maison sans horloge est une maison sans parole », soulignant le caractère marquant et régulateur de la sonnerie.

  • Pendant la guerre franco-prussienne (1870–71) apparurent des modèles à frontons nationalistes, coqs, drapeaux et soldats, aujourd’hui rares et très recherchés.


Musées et lieux d’intérêt


France


  • Musée de l’Horlogerie de Comtoise (Jura) : consacré à la production locale d’horloges et de lunettes, avec l’une des plus grandes collections de comtoises au monde.

  • Musée du Temps (Besançon) : installé au palais Granvelle, il expose des horloges, des automates et des instruments scientifiques français.


Espagne


  • Museo del Reloj (Jerez de la Frontera) : abrite des exemplaires comtois et des pièces ibériques d’influence française.

  • Museu de la Tècnica de l’Empordà (Figueres) : avec une collection de grosse horlogerie monumentale, dont des mécanismes du Jura.


Portugal


  • Museu Medeiros e Almeida : la Salle des horloges du musée présente environ 200 pièces de la collection, classées chronologiquement pour illustrer l’évolution technique et esthétique de l’horlogerie européenne.

  • Casa Museu Frederico de Freitas (Funchal) : comprend plusieurs horloges murales européennes du XIXe siècle.

  • Collections particulières : comme celle de Marinha Grande, où une comtoise de plus de 300 ans a été identifiée.

  • Foires d’antiquités : comme celles d’Estremoz ou de Santarém, où des modèles comtois apparaissent régulièrement.



Restauration de l’horloge comtoise du Salão Nobre de la Câmara Municipal de Sernancelhe par l’IPR - Instituto Português de Relojoaria


À la demande du maire de Sernancelhe, Carlos Manuel Ramos dos Santos, l’IPR a réparé l’horloge du Salão Nobre de la municipalité. C’est une excellente façon de valoriser et de préserver le patrimoine.


Fiche technique


Désignation : Horloge comtoise (également appelée Morez ou Morbier)

Origine : France, région du Jura (probablement Morez ou Morbier)

Datation approximative : Seconde moitié du XIXe siècle (v. 1850–1890)



Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR
Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR

Caractéristiques générales


  • Type : Horloge murale ou intégrée dans une haute caisse en bois (grosse horlogerie paysanne)

  • Mouvement :

    • Mouvement à poids, avec deux tambours (l’un pour l’heure, l’autre pour la sonnerie)

    • Échappement à ancre

    • Association de deux rouages distincts : mouvement et sonnerie

  • Cadran :

    • Émail blanc sur cuivre

    • Chiffres romains pour les heures et arabes sur l’anneau intérieur pour les minutes (par intervalles de 5)

    • Deux trous de remontage (un pour chaque fonction)

    • Aiguilles ajourées de style Louis XV

  • Calendrier :

    • Échelle indiquant le jour du mois, numérotée de 1 à 31, dans le cercle supérieur du cadran


Horloge comtoise dans le Salão Nobre de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR
Horloge comtoise dans le Salão Nobre de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR

Esthétique et iconographie

  • Fronton en laiton fondu et doré (bronze patiné ou ormoulu) :

    • Représente une scène religieuse ou éducative : figures féminines en prière ou en lecture, avec des enfants et une croix centrale

    • Style figuratif et symétrique, très typique du goût d’après 1870, influencé par l’esprit nationaliste et éducatif de l’après-guerre franco-prussienne

  • Porte latérale en fer forgé peint en noir, avec ornements géométriques incrustés (donne accès au balancier)


Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR
Horloge comtoise de la municipalité de Sernancelhe, après entretien à l’IPR

Mouvement

  • Roue d’échappement horizontale (type ancre)

  • Tambour avec corde pour le poids

  • Roues dentées en laiton

  • Barres d’acier formant la structure des rouages

  • Sonnerie par marteau sur timbre



Sonnerie

  • Répétition des heures avec demi-heure possible (habituelle sur les comtoises)

  • Certaines variantes de cette époque comportent une répétition à 2 minutes (non confirmable sans vidéo)


État de conservation

  • Cadran bien conservé, sans manques d’émail visibles

  • Fronton complet, sans oxydation

  • Mécanisme entretenu par l’IPR, propre et en état de marche


Classification

  • Catégorie : Grosse horlogerie française

  • Sous-type : Comtoise à fronton figuratif

  • Fonctions : Heures, minutes, quantième du mois, sonnerie

  • Style : Romantique / Éclectique (post-baroque paysan)

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page